Optical Sound au MAC VAL ~ dans le cadre de l’exposition de Jean-Luc Verna

« The Record dealer, sous ses doigts se dissout le vernis ! »
sur une proposition de Jérôme Poret avec Pierre Beloüin et Valérie Caradec
suite à leur entretien inédit paru dans le #4 de la revue Optical Sound Le Dimanche 6 Novembre 2016 au Mac Val dans le cadre de l’exposition monographique de Jean-Luc Verna
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« Jean-Luc Verna
— Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ?
— Non
Rétrospective »

Carte blanche au label de musiques expérimentales Optical Sound et lancement du numéro #4 de la revue OpticalSound dédiée aux pratiques artistiques frontières et critiques Optical Sound est une structure hybride et atypique, furtive et mobile qui dessine ses propres frontières entre musique expérimentale et art contemporain. Optical Sound oeuvre depuis 1997 au mixage interdisciplinaire et produit sans distinction projets de musiciens-artistes-graphistes ainsi qu’une revue spécialisée.
Sans dogme ni chapelle, il se dessine pourtant la cartographie d’un territoire animé par un réseau serré d’intervenants qui travaillent en cooptation, par le truchement des productions, des rencontres, du partage des données et des passions.

OpticalSound – Numéro #4
Un numéro orchestré par Pierre Beloüin et P. Nicolas Ledoux, qui interroge les limites du statut de l’oeuvre d’art, les relations complexes entre art et musique autour de : Salvage Art Institute, Encastrable, Dora Garcia, Robert Longo, Arnaud Labelle Rojoux, Chris Marker, Jean-Luc Verna, That’s Painting Production, Ange Leccia, Jill Gasparina, William Seward Burroughs, François Coadou, Raphaële Jeune et François Deck, Robert Longo, David Michael Clarke, Christian Marclay, Hippolyte Hentgen, Genesis P-Orridge et Timothy Leary etc.

OpticalSound Numéro Quatre

«En termes de puissance de feu, nous n’avons jamais pensé
que le petit nain avait une quelconque chance en face des orgues de Staline.
Ce que l’on dit maintenant c’est : vous gagnez à tous les coups
si l’on constitue une cible reconnaissable sur vos écrans-radar.
En arrêtant, on disparaît de l’écran, on rend vain son existence…
Le radar a besoin de nous»

Présence Panchounette
Art press n° 145, mars 1990.

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—->Commandes #4
Version papier monochrome pantone marron métallisé
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Revue indépendante dédiée à l’art contemporain et aux musiques expérimentales.
OpticalSound privilégie les pratiques artistiques décalées, frontières et subversives; lutte à sa manière contre la standardisation des objets du monde, l’allégeance de l’information et de la critique à l’argent et aux médias; propose des pratiques exemplaires et références; puise dans l’histoire de l’art, la création contemporaine mais aussi le cinéma, les sciences, sociales et la littérature.

Ce quatrième numéro poursuit notre collecte
de pratiques artistiques exemplaires.
Des choix personnels qui nous correspondent, parfois se questionnent mais participent à cette construction empirique et bancale à laquelle nous tenons toujours autant et qui, avec le temps, occupe une place privilégiée dans nos vies d’artistes.

Un sommaire plus éclaté qui fonctionne par implosions et frottements,
inspire et respire plus vite – il y a sans doute urgence.
Nous restons fidèles à la question de l’influence de la musique dans les pratiques plastiques, comme aux attitudes qui s’infiltrent au-delà des frontières de l’art et interrogent ses valeurs, le geste mais aussi et surtout ce qui reste de l’oeuvre.

Notre équipe se consolide au fil des numéros, avec chaleur et plaisir.
Nous tenons donc à remercier les auteurs, amis, artistes qui nous font confiance et créent avec nous cette revue.
Une pensée spéciale aux familles de Chris Marker qui nous ont donné l’autorisation de publier le texte de La Jetée, sans image, et ainsi en révéler toute la qualité littéraire.

Bonne lecture et à bientôt.
COLLECTIF OPTICALSOUND.

Avec :
Nicolas Ballet, Armand Behar, Denis Boyer, Bernard Brunon, Valérie Caradec , Laetitia Chauvin, David Michael Clarke, François Coadou, François Deck, Carole Douillard, Encastrable, Estelle Fauriol, Philippe Franck, Dora García, Gasparina Jill, Sébastien Gouju, Hippolyte Hentgen, Marc Hollander, Raphaële Jeune, Arnaud Labelle-Rojoux, Ange Leccia, Jérôme Lefèvre, Robert Longo, Christian Marclay, Chris Marker, Allan McCollum, Julie Portier, Claude Rutault, Matthieu Saladin, Salvage Art Institute, Isabelle Vasilic, Jean Luc Verna, Laurent Tixador, Stephen Wright.

256 Pages – monochrome marron métalisé
Format 17,5 x 24 x 2cm – poids 668 Grs – 1000 exemplaires

Version numérique couleur chez Art Book Magazine


Version Numérique couleur iPad via Art Book Magazine

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Sommaire détaillé
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Laurent Tixador
les banques en bois
nantes, avril–mai 2016

Denis Boyer
acoustic cameras,
musiques pour voyeurs écoutants

Christian Marclay
Jérôme Lefèvre
entretien
one thousand cycles

Encastrable
Laetitia Chauvin
tuteur, tu redeviendras tuteur

François Coadou
l’oeuvre d’art à l’époque
de sa reproductibilité technique.
notes de relecture

Valérie Caradec
Pierre Beloüin
entretien avec Jean-luc Verna
make up to break up

Claude Rutault/s Allan McCollum
Allan McCollum/s Claude Rutault
à vendre, exposition mfc – michèle didier
1er avril – 18 juin 2016

Jill Gasparina
P. Nicolas Ledoux
entretien

Chris Marker
la jetée
1962

François Deck & Raphaële Jeune
15/07/2015
13/05/2016

Salvage Art Institute

Rock’n’Roll Suicide
– death by misadventure
Pierre Beloüin

Ange Leccia
Valérie Caradec
entretien
éloge et perception du déplacement :
entre zones de frottement et d’effacement

Matthieu Saladin
calendrier des révoltes 2016

Bernard Brunon
Estelle Fauriol
entretien

Robert Longo
Jérôme Lefèvre
entretien
figures in black

Arnaud Labelle-Rojoux
esprit es-tu là ?

Armand Behar
nous sommes des enfants d’haoukas.
histoire d’une représentation
(suite)

Nicolas Ballet
how to operate your brain
déprogrammation hypnotique de Genesis
P-Orridge et Timothy Leary

David Michael Clarke
Isabelle Vasilic
entretien
subterranean duplex solution

Dora García
Carole Douillard
entretien

Marc hollander
Philippe Franck
entretien
crammed constellation

Julie Portier
Sébastien Gouju
la vengeance du nénuphar

Hippolyte Hentgen
Valérie Caradec
entretien
le ruban instable

édito
à vendre
colophon

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Typographie
Textes composés en Reader, caractère dessiné en 2009 par Anthony Sheret et Edd Harrington (The Entente, Londres) pour la fonderie Colophon.
Il existe un numéro 0 un numéro un et un hors-série «Manifeste», épuisés mais disponibles
en numérique sur l’application iPad Art, Book, Magazine.
Les numéros 2 et 3 sont disponibles dans les deux formats.
OpticalSound est une revue d’artistes imaginée et réalisée par
Pascal Béjean, Pierre Beloüin, P. Nicolas Ledoux, financée par le label Optical Sound.
Conception éditoriale
art / musique : P. Nicolas Ledoux
musique / art : Pierre Beloüin
Avec la collaboration de Valérie Caradec
Conception graphique
ABM Studio assisté de
Fanny Bisiaux
abm-studio.com
Relectures / Corrections
Valérie Caradec
Page Facebook

Acoustic Cameras, musiques pour voyeurs sonores (par Denis Boyer)

(article original publié sur le blog de Feardrop par Denis Boyer)12516809_204341349921708_2072151302_o

Technologiquement, une « acoustic camera » est un procédé servant à représenter une source sonore dans un espace visuel donné (de la même façon que la caméra thermique offrira une représentation visuelle d’une source de chaleur). À partir de ce nouveau pas synesthésique, il est possible de pratiquer toute sorte de bifurcation. Sur proposition de Christophe Demarthe (Clair Obscur), les labels Optical Sound et Éditions Cactus (qui sont bien plus que des labels : des maisons d’édition, des laboratoires…) ont ainsi assimilé le concept pour le modifier sensiblement : leurs Acoustic Cameras sont des modules d’annexion sonore.

« Sound Annexation Project » est le sous-titre de leur projet. Le terme d’annexion peut paraître agressif, il est malheureusement adapté à la logique guerrière et conquérante qui a souvent présidé au découpage des territoires. Il l’est également à une autre forme de colonisation, menée par le capitalisme toujours triomphant quel que soit le nom du vainqueur : « La poursuite rationnelle des chances pacifiques de gain pécuniaire » (Max Weber). Où l’épithète pacifique se nimbe bien évidemment de toute la rouerie que le système suppose : une subordination de classe, une invasion de l’espace privé, une soumission à la logique financière sont les conditions de son succès.

Reculons d’un plan : l’espace privé que chacun offre quotidiennement en pâture est déjà préparé à sa dissection par les millions de caméras de surveillance qui se rencognent dans tous les angles de l’espace public ou réputé tel : l’image de soi est immédiatement désappropriée.

Il existe des démarches artistiques qui peuvent, parmi d’autres desseins (certaines œuvres n’existent pas sans dessein), chercher à questionner celui qui en fait l’expérience sur son rapport au monde : son intimité, son hygiène, sa capacité à se décentrer, son adaptabilité, sa sexualité, son image… Au milieu des années 1990, le musicien anglais Robin Rimbaud choisit d’adopter le pseudonyme Scanner. Ce n’est pas tant par goût de l’esthétique technologique que par motivation due à ce qui faisait sa particularité : son utilisation comme source sonore récurrente d’enregistrements radio / téléphoniques, piratés. Ces bribes de conversations anonymes servaient ainsi de matériaux à ses premiers enregistrements et parfois en temps réel durant ses concerts. Le concept de « voyeurisme sonore » esthétisé à souhait dans la musique de Scanner portait aussi très loin politiquement ; un mur infâme venait de s’effondrer, qui montrait de chaque côté des pouvoirs prêts à sacrifier tout respect de la vie privée au nom de la sécurité : écoutes téléphoniques, surveillances, ont germé durant la Guerre Froide pour ne jamais cesser d’étendre leurs ramifications. Aujourd’hui encore, et plus que jamais, toutes et tous sont écoutés, de l’extérieur, de l’intérieur car « Pour notre sécurité nous serons privés de liberté ».

La surveillance téléphonique, invisible par essence, est donc redoublée par la surveillance optique, l’œil de Big Brother présent à chaque carrefour, dans chaque entrée d’administration, dans chaque centre commercial ; ici encore il conviendra de prendre cela « à la légère », l’injonction est amicale puisque nous sommes à l’heure de la bienveillance institutionnalisée (qui croît à même mesure que la violence sociale) : « Souriez vous êtes filmés ».

Je ne sais comment, mais de la manière la plus légale sans doute, les équipes d’Optical Sound et La Manufacture des Cactées / Éditions Cactus ont accès à des bases de données de webcams publiques, caméras de surveillance du monde entier dont le streaming est déroulé sur leur site. Les lieux sont aussi hétéroclites dans leur définition que dans leur contexte géographique : des extérieurs, des intérieurs, localisés dans plusieurs pays.

Des musiciens sont invités, régulièrement, à composer ou donner une pièce sonore qui correspondra à un streaming vidéo de leur choix. L’enregistrement est diffusé, en boucle, sur le site des Acoustic Cameras, accompagnement de la captation vidéo en temps réel. L’auditeur est donc consubstantiellement spectateur, mais pas à la façon dont on assiste à un concert. Toute personne vue, au moment de la visite ne sait pas qu’elle l’est, ou pas de cette manière. L’observateur est distant (« remote viewer ») et ne peut faire l’expérience du dispositif que par l’intermédiaire de l’écran (à lui de faire l’effort ensuite de ne sentir ni dieu ni maton).

Par son déroulement en temps réel, l’image, quelque fixe que soit son objectif, est en changement permanent (on verra plus loin que certains ont choisi l’image s’approchant au plus de la fixité) ; le couplage son / image est donc susceptible de se modifier en fonction de l’évolution du milieu filmé (météorologie, rythme circadien, fréquentation…).

Il n’en faut pas plus pour comprendre que ce projet bouleverse profondément le rapport affectif à l’œuvre, et plus particulièrement à la musique, pour autant que le spectateur accepte de l’être et non seulement de diffuser la boucle musicale depuis son ordinateur en vaquant dans son environnement sans accorder plus d’attention au déroulement de l’image. En conséquence de quoi, « la modification de la réalité » revendiquée par les initiateurs du projet est absolument idiosyncrasique.

Il s’ensuit que l’altération du rapport affectif s’applique tant au lieu diffusé qu’à la musique diffusée, puisque leur mariage (chaque œuvre du projet Acoustic Cameras est conçue dans le sens de cette union) n’est pas fixé. Cette altération est elle-même fluctuante, il suffit pour s’en apercevoir de considérer quelques exemples rendus bien subjectifs non seulement par la singularité de toute personne faisant l’expérience des Acoustic Cameras, mais également par la variation plus ou moins sensible des paramètres visuels et sonores, et enfin par celle de leur combinaison.

Beaucoup des caméras sélectionnées sont postées en extérieur, ce qui constitue peut-être (mais cela mérite débat) la forme la moins invasive de la surveillance vidéo (il est toujours malaisé d’établir une échelle de nocivité). J’ai toutefois l’intuition que la plupart des artistes qui ont choisi dans ce stock l’ont aussi bien fait pour cette raison que pour la qualité esthétique ou le pouvoir d’évocation de ce que j’appellerai rapidement le « paysage ».

Les panoramiques tout d’abord, peuvent autant être habillés d’une pièce qui accompagnera leur pastoralisme (pour peu qu’ils possèdent une telle qualité) que d’une composition qui se posera en contraste total (un effet que l’on retrouvera presque toujours dans les morceaux plaqués sur des prises de vue en intérieur). Ces dernières créent un nouvel espace de perception surréaliste ; c’est le cas lorsque les Kingdoms of Elgaland-Vargaland drapent la frontière austro-hongroise d’un montage électronique / violon, que The Digital Intervention (Paul Kendall et Olivia Louvel) diffusent leur field recording décalé sur une vue de parking et de village, ou encore quand un stade de Perpignan se voit enrobé de boucles folk et d’effets nocturnes à souhait par Hifiklub.

D’autres extérieurs se sont attiré les accords formels de la musique – Peter Shams projette sur une vue de jetée et de lac aux États-Unis une musique à la fois éolienne et aqueuse, un dark ambient rabattant toute clarté du ciel au gris du lac ; Franck Vigroux souffle le drone sur la captation vidéo d’un phare aux environs de Vancouver : l’haleine du drone se fait lumière pure, parfaite coïncidence de l’image et du son. Le phare, monument de lumière, déploie dans peu de notes son signal de bourdon lumineux.

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J’aperçois encore d’autres modalités de couplage image / son dans ces Acoustic Cameras d’extérieurs, celles où ni l’accord ni le désaccord ne caractérisent l’union, mais plutôt ce que j’entends comme puissance métaphorique, comme correspondance au sens baudelairien du terme. La vue sur la manche à air du port d’Otaru au Japon donne à Laurent Pernice l’occasion de souffler un vent léger, un infime balancement tant ferroviaire que sylvestre. Tout est déversé dans le vent, par le vent. D’autres lieux sont exploités pour leur singularité légendaire. Une station de ski en République Tchèque passe pour l’un des cinquante lieux sur la planète où l’on recense le plus de disparitions. L’inquiétude est appuyée par la boucle de Drahomira Song Orchestra, tournée autour d’un piano sépulcral et économe, d’une légère averse et de fantômes de voix – autant de rappels aux disparus. L’atmosphère gothique qui s’en dégage, semblant issue d’une nouvelle d’Edgard Poe, s’impose au paysage de montagne aussi bien que si elle lui était destinée, nonobstant sa pente verdoyante et sa fréquentation saisonnière.

Parmi toutes les caméras extérieures mises à disposition des musiciens, un ensemble se dessine dont la quantité choisie est assez significative pour qu’on la considère à part entière : la captation de milieu aquatique, voire totalement sous-marin. Il va de soi que cette catégorie peut se superposer à l’une ou l’autre des trois instances que j’ai très personnellement proposées ci-dessus. L’aquarium de requins élu par Simon Fisher Turner est englouti par un drone brumeux nimbé de lumière, adoucissant la dangerosité des squales ou plutôt les restituant à leur immanente nature de prédateurs incapables de cruauté tant leur place dans la chaîne les fait, selon les mots de Georges Bataille évoquant le tigre dans Théorie de la religion, « comme de l’eau dans de l’eau ». Un autre aquarium, japonais, est visité par Sylvain Chauveau qui, à la façon d’antiques scaphandriers, alentit son mouvement dans la quasi-stagnation produite par la réverbération des boucles musicales. C’est la volonté du musicien qu’ici images et sons mitoyens les uns et les autres de l’abstraction jouent avec elles dans la lumière et non dans l’obscurité dont on la drape le plus souvent.

Dans l’eau mais aussi au bord d’un bassin, à l’image de ces pièces accompagnant des films de piscine, surveillance au plus près de la nudité acceptée dans le champ social. Les mouvements des nageurs dans la piscine autrichienne choisie par Pierre Beloüin (animateur d’Optical Sound) sèment dans leur sillage l’onde minime et chevrotante.

Il existe enfin d’autres façons de répondre à l’eau : à Positamos en Italie, la vue d’une riche cité à flanc de colline, qui côtoie la mer de si près qu’on la croit s’y déverser, a inspiré à Blaine Reininger une pièce musicale qui synthétise d’une certaine manière le contraste entre les intérieurs et les extérieurs aquatiques que nous venons de traverser : à l’intérieur de quoi se trouve l’extérieur ?

C’est peut-être la problématique de toute approche citadine, et les pièces accompagnant des prises de caméras essentiellement urbaines ne manquent pas dans ce panorama acoustique. Elles contrastent toutes avec l’inflation acoustique que vivent la plupart des grandes villes et, plutôt que de reproduire, d’exagérer ou d’amoindrir la bruit de la ville, ceux qui se sont emparés de son image ont plutôt tenté de l’accompagner par un fredonnement intime, comme s’ils avaient souhaité en révéler l’intense mélancolie : par ses odeurs, son trafic, sa trop importante densité, la ville qui aliène en partie ses habitants est alors (trans)figurée en être sensible portant en mémoire les utopies jadis ou naguère fondatrices. Ainsi d’Aidan Baker dont la nappe ondulante surplombe Montréal et tranche avec l’agitation urbaine et la circulation. Il est vrai que vue de haut cette effervescence peut se lire comme le fil compliqué qui tisse la trame (de la même manière, le fil ténu de la composition que Lionel Marchetti superpose aux flux d’une autoroute américaine). Il est peut-être significatif, acceptant d’inverser l’exubérance de la ville, la pénétrant alors dans sa fibre musculaire autant que sentimentale, que toutes les pièces accompagnant des prises de vue d’intérieur semblent être issues d’un univers citadin – et c’est probablement là que le malaise du voyeurisme est le plus aigu : on échappe moins qu’ailleurs à la surveillance lorsqu’on se grégarise. Plus encore que par les surveillances de Lavomatics, je reste impressionné par l’église évangélique américaine qu’a choisie Tony Wakeford. Périodiquement, les fidèles imo’y trémoussent, balancent, « possédés » comme souvent dans ces cérémonies, et la religiosité de la musique – drone épais et pulsation dark  – leur confère une intemporalité et une puissance d’inquiétude qui résument peut-être à elles seules la force du projet Acoustic Cameras. Je ne voudrais cependant pas oublier le choix le plus singulier, celui d’une surveillance sans objets humains (ou si peu souvent qu’ils m’ont échappé) : le pendule de Foucault d’Heideberg en Allemagne hypnotisant  – hors du temps – avec la musique filandreuse de Jarboe la lumière elle-même qui irradie son ondulation dans la matière.

Le problème du temps, central dans la combinaison de Jarboe, est peut-être à considérer sur l’ensemble des Acoustic Cameras. L’absence de simultanéité effective entre le déroulement de l’image et celui de la musique constitue certainement l’un des piliers esthétiques les plus solides du projet. L’association du son et de l’image – et je ne parle même pas de notre propre appréhension du réel, qui en donne le modèle – cette association connaît, dans les domaines de l’art et de la communication, bien des précédents, mais tous sont figés. La bande originale de film est une musique composée pour accompagner l’image voire la renforcer, le clip vidéo est la plupart du temps un instrument promotionnel offrant un déroulement d’images s’écoulant exactement en complément de la musique. Toutes ces associations sont fixes et pensées pour être répétées à l’identique lors de chaque projection. Plus audacieux sont les assemblages ponctuels produits par un plasticien projetant sa création visuelle simultanément au déroulement d’une musique. J’ai en mémoire l’exemple captivant d’un concert de Seal Phüric à Nevers en 1999, un artiste l’accompagnait, assis dans un coin de la scène, réalisant des mélanges d’encres en réaction à ce qu’il entendait, lesquels étaient projetés grâce à une caméra placée au-dessus de lui. Ils auraient eu beau répéter la collaboration, chaque représentation serait demeurée inédite. Ce déversement est le réciproque d’une démarche inaugurant la démarche synesthésique, pensée à l’époque romantique par Ludwig Tieck qui dans son jardin organisait des concerts, écoulements d’une création sonore dans l’environnement, modifiant / augmentant ainsi le rapport au visuel (paysage) et au sonore (bruits naturels, chants d’oiseaux, etc., déjà présents). Tous ces concepts, pour différents qu’ils soient, du plus figé au plus libre, voire au plus aléatoire, ont de commun, outre l’articulation du son et de l’image, le cloisonnement dans une temporalité égale : le son et l’image correspondants. N’était cette restriction, la création dont les Acoustic Cameras me semblent le plus proches est certainement l’œuvre « multimedia » de Thomas Köner : ses Banlieue du vide et Nuuk proposent eux aussi, mais dans une démarche liée au phénomène de disparition, l’instillation d’une musique (blanche, polaire) dans un montage de caméras plongeant les unes sur des voies d’autoroutes – désertes –, les autres sur la malléabilité circadienne d’une place de la capitale groenlandaise. Travaux, une fois de plus, construits sur la synchronisation du son et de l’image, garantissant leur projection comme œuvre singulière et répétable.

Le concept des Acoustic Cameras marche ailleurs, répétons-le, la boucle sonore fournie par le musicien est seule à être totalement inaltérable ; le lieu filmé évolue selon les critères que nous avons vus plus haut, de même et conséquemment, que l’expérience de l’auditeur / spectateur, qui réinaugure son expérience à chaque nouvelle visite, totalement insoupçonnée par ceux qui progressent dans le lieu filmé.

Je vois alors, pris de vertige, que parmi les nombreux échos d’une création littéraire que Borges qualifiait de parfaite, L’Invention de Morel imaginée par Adolfo Bioy Casares, une nouvelle résonance se dessine : de la même façon que les fac-similés de personnes, bouclés, immuables et imperturbables, projetés par la machinerie de Morel, s’intègrent dans un milieu physique susceptible de se modifier, de s’altérer, de se dégrader, de la même façon, les pièces acoustiques des artistes s’apparient aux modulations des paysages saisis par la caméra. La singularité des Acoustic Cameras tient donc quant à elle à cette versatilité de la combinaison, à tel point que la circularité de la musique enregistrée et le déroulement linéaire de l’image captée, sont d’une manière troublante inversés par cet extrait du commentaire d’accueil sur le site : « Selon la saison, selon le temps qu’il fait, selon l’heure de la journée ou de la nuit, la caméra balaie en continu le lieu filmé (bord de mer, ville ou montagne) et écrit en temps réel le film de la musique de l’artiste. ». Alors que l’on pense le rapport dans l’autre sens, puisque l’ajout est manifestement celui de la musique. Cette tension des conceptions rejoint celle des deux approches opposées  du temps : temps circulaire, temps rectiligne. L’ambigüité provient indubitablement de la distance qui existe entre l’image captée et l’écran présentant l’association, sauf à visionner cela sur le lieu même de la captation, créant ainsi une mise en abyme apparentée à la réflexion infinie : l’autosimilarité. Plus juste alors que toutes les comparaisons des Acoustic Cameras avec des associations son/musique, celle de la très courte nouvelle d’un autre auteur argentin Julio Cortázar, intitulée Continuité des parcs : le personnage, lecteur d’un récit, en devient inconsciemment le protagoniste, par sa position dans le lieu et plus encore par sa position de lecteur, préparant le lecteur que je suis, que vous êtes, à intégrer la continuité et à confondre la fiction et la réalité. Préparant l’auditeur / spectateur à devenir l’objet de sa propre webcam ?

Denis Boyer (Samedi 18 Juin 2016).

ACOUSTIC CAMERAS
http://www.acousticcameras.org

Une proposition de Christophe Demarthe, co-éditée par Optical Sound et la Manufacture des Cactées.

ACOUSTIC CAMERAS invite des compositeurs et artistes sonores à annexer le temps réel de webcams situées dans différents endroits du monde.

Ambassade française des royaumes d’Elgaland~Vargaland, Christophe Bailleau, Aidan Baker, Beau Delay orchestra, Pierre Beloüin, Fred Bigot, Hervé Birolini, Black Sifichi, Laurent Bronner, Rémy Carré, Etienne Charry, Sylvain Chauveau, Chicaloyoh, The Dead Mauriacs, Déficit Des Années Antérieures, Die Form + Musique Concrète, Drahomira Song Orchestra, eRikm, Eveb From Wild Shores, Simon Fisher Turner, Hifiklub, Yoko Higashi, Jarboe, Jez riley French, Nicolas Jorio, Eddie Ladoire, Nicolas Ledoux, Lefdup & Lefdup, Rainier Lericolais, Les Voix Animées, Lionel Marchetti, Joachim Montessuis, Georges Moraitis, Charles Pennequin, Nobodisoundz, Laurent Pernice, Christophe Petchanatz, François Possémé, Puce Moment, Radiomentale, Blaine L. Reininger, Peter Shams, Son, Gilles Sornette, Samon Takahashi, Gauthier Tassart (I Apologize), Tempsions, That Summer, The Digital Intervention, el Tiger Comics Group, Christian Vialard, Franck Vigroux, Tony Wakeford, Wankers United, Thierry Weyd, Daniel John Williams, Yrsel, 2kilos & More.

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Tony Conrad Jerôme Lefèvre Entretien

Samedi 9 Avril 21:32 nous venons d’apprendre la disparition de Tony Conrad, en accord avec Jérôme Lefèvre, nous publions ici gratuitement l’entretien qu’il lui avait accordé pour le numéro deux de notre revue.

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Offprint Paris du 12 au 15 Novembre 2015 (énsba)

OFFPRINT PARIS

foire indépendante du livre d’artiste
à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts
(14 Rue Bonaparte, 75006 Paris)
le 12, 13, 14 et 15 novembre 2015. 
vernissage : le jeudi 12 novembre – de 18h à 21h
vendredi 13 – de 13h à 20 h
et samedi 14 et dimanche 15 – de 11h à 19h

Entrance pass for 4 days: 5€

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Lancement du nouveau numéro de la revue OpticalSound

En présence des deux rédacteurs en chef :
Pierre Beloüin & P.Nicolas Ledoux
Samedi 14 – 14H00 à 18H00

Difficile après un tel week-end de (re)prendre la parole…

Nous pensons très forts à ceux qui ont été touché par cette violence aveugle.
Faire une revue c’est à sa manière combattre l’obscurantisme,  même si nous savons – trop hélas – que notre public n’a plus à être convaincu –
mais cela participe à une dynamique du savoir et du désir et que, par ricochets, hasards,  ela peut ça et là éclairer, aider à prendre conscience…
Nous devions lancer notre numéro 3 au salon OFFPRINT qui a été naturellement annulé…
Nous trouverons une autre manière de faire…

 

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Exposition~Pierre Beloüin : “The Ultimate Black Tiki Bar” (Poitiers) 05.06.2015

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The Ultimate Black Tiki Bar – Le Confort Moderne Poitiers 05.06.2015


-Ce qui sera vu : un tiki bar démesuré (10 m x 3m) au dessin original et dont tous les éléments traditionnels sont peints en noir. Ce monochrome black croise les esthétiques tiki, rock et l’art contemporain, sur fond de paysage polyné­sien à l’exotisme déviant.
-Ce qui sera entendu : Pierre Beloüin (Optical Sound), qui travaille depuis de nombreuses années à la sélection sonore idéale pour Tiki Bar, proposera un mix inédit en deux sessions, « une première en Polynésie Française sur une embarcation en bambou puis une seconde dans un Spoutnik lancé à grande vitesse » (PB).
-Ce qui sera bu : une sélection de cocktails classiques et historiques.

Commissariat Jill Gasparina

http://www.confort-moderne.fr/layout.php?r=163&sr=164&ssr=&id_intrazik=209217

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Exposition~ Pierre Beloüin & P. Nicolas Ledoux “Impression, soleil couchant” (Dijon) 18.04.2015

Impression, soleil couchant

Aborder l’espace d’un appartement comme espace d’exposition est un glissement qui correspond à nos pratiques artistiques, celle du déplacement en particulier, du décalage aussi, de la confusion, du mélange des genres. Ni duo, ni solo, nous intervenons ensemble, pour et à l’encontre, imaginant des protocoles, des formes, des positions qui se figent dans le cadre de l’exposition, comme un instantané d’une relation étrange, d’un dialogue en échos, d’une expérimentation floue. La finalité n’est pas de produire des œuvres mais une succession d’éléments, éphémères ou non : textes, formes, objets, affiches, sons, images, cartons d’invitations, vidéos… Qui documentent avec plus ou moins d’adhérence une réalité – avec le temps – de plus en plus fictive.Nous déménagerons donc… Avec nos affaires.Il a fallu discuter, beaucoup, pour savoir comment et pourquoi, échafauder des scénarios, inscrire cette occupation inédite dans notre histoire.

On a conclu, à la manière de signer un bail : On laissera l’appartement blanc.
On y punaisera nos souvenirs, nos références, nos images… À la manière d’un plan sur un mur avant travaux, à la manière de posters pour décorer nos chambres, à la manière d’une carte avant de partir à l’aventure, d’un cartel à côté d’une œuvre. Pas de peinture mais un papier peint éphémère, des impressions…

Impressions sur la feuille, impressions sur une histoire de l’art qui se mêle aux nôtres, impressions autour.

Noir et blanc – la mémoire est grise.

Une bande sonore unique qui se diffuse depuis une pièce. Des lumières électriques d’intensités alternées comme autant de fines variations – d’éclairages différents. Des chaises de différents styles, peintes en blanc et disposées çà et là dans les espaces, laissent en suspens leur statut : chaise ou œuvre – à la discrétion du visiteur.

Nous habitons là, nous sommes là, nous ne sommes pas là. Nous n’habitons pas là.
Ceci est de l’art. Ceci n’est pas de l’art.

Pierre Beloüin et P-Nicoas Ledoux

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Bande sonore : BlackNox
: « We don’t believe in Heaven… »
Album à paraître au mois de juin en vinyl chez Optical Sound / Emmetrop (OS.066).
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Dans le cadre du festival ONE+ONE#6, “Ghost Riders” tribute to Alan Vega
http://artandrock.event.free.fr/spip/spip.php?article2

EXPOSITION DU 18 AVRIL AU 23 MAI 2015
www.interface-art.com

Lancement Revue #2, Galerie Michèle Didier (Paris) 16.10.2014

GALERIE MICHÈLE DIDIER “OpticalSound Numéro Deux” – PARIS
/ JEUDI 16 OCTOBRE À 18H00

66 rue Notre-Dame de Nazareth 75003 Paris

En présence de Pierre Beloüin, P.Nicolas Ledoux, et quelques auteurs de ce nouveau numéro.
Une occasion de boire un verre, acheter la revue et visiter l’excellente et appropriée exposition de Allen Ruppersberg : The novel that writes itself & El Segundo record Club.
http://www.micheledidier.com/index.php/fr/news-projects.html

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