Du 5 au 19 Avril 2018
Du mardi au dimanche, de 11h à 18h, Entrée libre.
Vernissage jeudi 5 avril à 18h.

Avec :
Acoustic Cameras, Pierre Beloüin, Alexandre Bianchini, BlackNox, Cocoon, Jean-Baptiste Farkas, Jill Gasparina, Kubilai Khan Investigations, Ludovic Chemarin©, Élodie Lesourd, Gianni Motti, P. Nicolas Ledoux, OpticalSound la revue, Philippe Wicht, Nicolas Wagnières.

Le Commun (BAC) Rue des Bains 28. 1205 Genève
Exposition dans le cadre du Festival ELECTRON
concerts, performance, conférences, workshop, danse

Le monde de l’art comme modèle réduit de notre société est en pleine crise ontologique, dévoyé par un marché toujours plus puissant dont les dérives somptuaires et la spéculation effrénée projettent des ombres mortifères et nous plongent dans un noir sourd et profond. Face à cette situation certains artistes dessinent de nouvelles frontières, formulent des échappatoires, inventent des débordements et des évitements, travaillent à des alternatives volontairement faibles ou nécessairement fortes, repensent les contours de leur statut comme de leur production, interrogent leur filiation, imaginent des zones de protection et de mise à distance. il sera question ici de métamorphoses et d’hybridations, de morts et de vies de l’artiste, de l’œuvre, du sujet. Imaginer une exposition comme un espace de transition et d’observation, un sas de compression, où médias et pratiques participeront à des possibles, des fuites en avant ou de côté – accélérer, freiner – reprendre son souffle, de pas être dupe, rester vivant.


Le courrier, Genève

 


La tribune, Genève

 

Au Commun, à la rue des Bains, c’est jeudi soir le vernissage de l’exposition
«The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore», organisée par le festival Electron. Il y
a sur place des installations, des photos, des tableaux, des stroboscopes et des
slogans contre les murs: «Nous étions déjà morts dans les années 1980». A
priori, rien de grave. Derrière le vernis conceptuel, cependant, une révolte
couve, qui revendique l’état d’esprit du rock indépendant.

À l’étage, d’abord. C’est la pièce la plus spectaculaire, trois énormes chambres
à air de tracteur ont été accrochées au mur, une quatrième gît au sol,
surmontée d’une chaise surdimensionnée en fer rouillé. Signé Ludovic
Chemarin©, le symbole du copyright en prime. Ludovic Chemarin, son
histoire est édifiante. Artiste «émergent» dans les années 1998-2005, celui-ci
décide de tout arrêter, faute de gagner sa vie. C’est alors qu’un collectif rachète
son nom et son oeuvre, avec tout ce que le droit patrimonial entérine. Le
Ludovic d’origine prête son image pour le portrait officiel de l’artiste. Sa
signature aussi, vendue comme un dessin, avec droit de reproduction, de
représentation et d’adaptation. Résultat: les ayants droit réactivent à leur
guise son oeuvre, l’adaptant à la nécessaire contemporanéité. Ainsi des pneus,
à l’origine une bouée d’enfant, que voici gonflée aux codes esthétiques du
moment, dans une installation «pseudo-minimaliste» de l’avis même des
propriétaires, lesquels ne manquent pas d’humour. Cette démarche est
absurde? C’est son intérêt, justement.

Métamorphoses
«Cet achat constitue un geste violent, qui pose des questions sur l’identité de
l’artiste», résume Damien Beguet, «coactionnaire» de l’auteur volontairement
phagocyté. «Le marché de l’art est toxique: il prend des décisions à la place
des artistes. Ces derniers, pour réagir, doivent s’emparer des codes du
marché.» Vieille affaire. Avantage certain dans le cas de Ludovic Chemarin©:
«On a là un artiste qu’on peut se passer de génération en génération, de sorte
que le marché ne peut plus spéculer sur sa disparition.»
De l’artiste, son oeuvre, et le statut de cette dernière, enclin à diverses
l’expo, Pierre Beloüin, patron du label Optical Sound (Photo: Georges Cabrera)

métamorphoses. Tel est le propos de l’expo, explique Pierre Beloüin,
cocommissaire avec P. Nicolas Ledoux: «Un texte critique ou une revue
sont-ils des oeuvres d’art? En posant de telles questions, on se demande
comment les artistes peuvent quitter l’art plastique pour d’autres domaines.»
Dans la musique, par exemple! On est ici sous la bannière d’Electron, festival
très électronique. Et Pierre Beloüin dirige Optical Sound, à la fois revue et
label, fournissant tous deux l’essentiel des contributeurs de l’expo: «Les
artistes qui ont intégré la culture postpunk et indie jouent spontanément sur
plusieurs tableaux.»

Pendant ce temps-là, à Reykjavík…
Parmi la quinzaine de contributions à découvrir à la rue des Bains, on trouve
notamment une vidéo du Genevois Gianni Motti, cadrages serrés sur le groupe
punk italien Bloody Riot, en concert à la Villa Médicis, à Rome. Résidence
prestigieuse pour artistes conceptuels versus rock hard-core, le décalage en
appelle d’autres, telle cette longue toile de la Française Élodie Lesourd. Une
peinture hyperréaliste reprenant la photo de cinq batteries rutilantes alignées
côte à côte, logo à tête de mort bien en vue sur les grosses caisses, comme c’est
la coutume parmi les groupes de metal.
Enfin, on termine la visite devant cette chose étrange installée au rez du
Commun. Un écran géant contre le mur. Plan fixe sur une route enneigée
d’Islande, paysage inerte. La vidéo est diffusée en temps réel, captée par une
caméra de surveillance à Reykjavik. Magie du Net, on peut la suivre 24 heures
sur 24. Cependant, il y a de la musique. Et cela est incongru. Vibrations
profondes, effets de vague, cette bande-son signée par le duo français
Postcoïtum dure une trentaine de minutes et se répète à l’infini.
Vidéosurveillance et musique électronique, deux réalités s’affrontent alors, qui
produisent un effet fascinant d’étrangeté.
Le rock s’immisce dans l’art contemporain

Lancé en janvier 2016 à l’initiative de Pierre Beloüin, ce projet baptisé
Acoustic Cameras récupère les images de milliers de caméras en libre accès
dans le monde et propose ensuite à des musiciens de composer un
accompagnement sonore, comme on le ferait pour un film. Quelque 120 de ces
étranges clips sont aujourd’hui diffusés sur le site acousticcameras.org.
Hongkong, Moscou, Bordeaux, une place de jeu, un salon lavoir, une pièce non
identifiée dans un bâtiment du Dakota… Quelqu’un va-t-il venir?

ordinateur personnel, la visite garde un parfum de voyeurisme. Mais relayé
sur grand écran, comme au rez du Commun, le résultat dégage une esthétique
plus… noble. À présent, on contemple une oeuvre d’art.
Musique et art contemporain, les liens sont encore distants, rappelle Pierre
Beloüin: «En France, ce n’est que depuis une quinzaine d’années que la
musique est entrée dans le champ des galeries et des musées, contrairement
aux États-Unis, où des figures importantes de la scène rock, telles que Sonic
Youth, participent depuis longtemps aux productions de l’art contemporain.»
«The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore» Expo au Commun dans le cadre
du festival Electron, du 5 au 19 avril, de 11 h à 18 h
(Tribune de Genève)

 

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